PROLOGUE : LE CHOC DE LA MÉMOIRE
Les jours passent sur les rives de la Mersey, mais l’histoire, elle, refuse de s’effacer.
Liverpool. Pour le commun des mortels, c’est la cité des Beatles ou le temple du football mondial.
Maigre paradoxe : pour la République démocratique du Congo, cette ville du nord du Royaume-Uni venait de se révéler comme une capitale socio-culturelle inattendue.
Une terre de mémoire où les destins de deux mondes se sont croisés, il y a plus d’un siècle, dans le secret des usines de savon et la sueur des plantations de l’Équateur et de Bandundu.
En ce mois de mai 2026, l’histoire coloniale et la diplomatie d’aujourd’hui se font face.
Le chef de la mission diplomatique de la RDC à Londres venait de prendre la route du Nord.
Répondant à l’invitation officielle du prestigieux Musée national de Liverpool et du Département des Beaux-Arts, l’Ambassadeur de la RDC a posé ses valises dans une région chargée de symboles. Une visite historique, inédite pour un officiel du pays de Lumumba.
C’a été un voyage à la fois mémoriel, culturel et politique que nous vous proposons aujourd’hui. Durant toute la journée du 12 mai dernier, la délégation congolaise avait plongé dans les secrets industriels de la célèbre firme “Lever Brothers”, créatrice du savon Sunlight.
Une multinationale dont la fortune mondiale s’était bâtie sur les larmes et le travail forcé de nos ancêtres dans l’ancien Congo belge.
Mais ce long séjour avait été le théâtre de révélations d’État fracassantes pour notre diaspora.
Première étape de ce périple : le village historique de Port Sunlight et sa prestigieuse « Lady Lever Art Gallery ».
C’était ici, au cœur de cette institution fondée par William Hesketh Lever, premier vicomte Leverhulme, et nommée en l’honneur de sa défunte épouse Elizabeth, décédée en 1913, que gisait une partie de la mémoire congolaise.
Port Sunlight était initialement conçu comme un modèle utopique.

À la fin du XIXᵉ siècle, lord Lever voulait offrir de bonnes conditions de vie à ses ouvriers britanniques qui fabriquaient le savon Sunlight : logement décent, soins de santé, bonne éducation et loisirs.
Mais ce paradis ouvrier anglais avait une face cachée, sombre, située à des milliers de kilomètres de là. Pendant que les Britanniques s’épanouissaient, les ouvriers d’Afrique et du Pacifique subissaient de très mauvaises conditions de travail dans les plantations d’huile de palme et de cocotiers.
Nos grands-parents étaient victimes du racisme, de l’exploitation, de la maltraitance, des travaux forcés et de la violence.
Au Congo, cette redoutable société s’appellera plus tard les Huileries du Congo Belge, HCB, dès 1909, exploitant des sites historiques tels qu’Alberta à Bumba, Brabanta à Basongo, Leverville à Lusanga, Elisabeth à Basoko et Flandria à Ingende.
L’Ambassadeur a examiné des objets d’art, des paniers tressés traditionnels, des statuettes collectées avant la Première Guerre mondiale.

Zoom sur le fameux savon historique Sunlight.
Pourtant, au détour de ces témoignages sombres, une note de nuance historique a surgi de la bouche même de l’Ambassadeur.
Pour son propre père, qui fut un employé des HCB, l’entreprise fut synonyme d’emploi et d’un encadrement social marquant sa tendre enfance.
Preuve que la mémoire coloniale est restée un tissu complexe. L’objectif de cet atelier était de partager ces objets collectés par Lever lors de ses voyages d’avant-guerre.
Pauline , Manager Lady Lever Art Gallery : “Nous étudions actuellement des voies et moyens pour commencer à compenser les membres des familles des survivants, victimes des atrocités de l’exploitation coloniale, notamment en sponsorisant des activités culturelles d’envergure.”
Après la découverte surprenante de la gamme de savons Sunlight au Port Sunlight Museum — un produit cher aux Kinois de plus de 30 ans —, la délégation s’était détendue autour d’un repas copieux de cuisine européenne pour clore ce premier chapitre significatif.
L’Ambassadeur, son épouse et ses trois collaborateurs directs du cabinet entrent dans les bureaux de l’Association Congolaise de Merseyside (CAM).

Le mardi 12 mai 2026 a marqué aussi le deuxième temps fort de ce séjour : la célébration des 20 ans de l’Association Congolaise de Merseyside (CAM). Fondée en 2004 à Kensington, cette organisation non gouvernementale s’était donné pour mission d’éliminer les obstacles à l’intégration pour les demandeurs d’asile, les réfugiés et les migrants confrontés à l’exclusion sociale en raison de la langue.
Du Vietnam à la Côte d’Ivoire, en passant par la Chine, la Belgique, le Brésil et bien sûr la RDC, la CAM promeut toujours l’apprentissage tout au long de la vie, l’unité et la tolérance à travers des projets collaboratifs durables.
L’Ambassadeur avait salue les cadres de la CAM.
L’introduction avait été menée par Monsieur Matthieu Kapasi, qui donna le coup d’envoi de la rencontre proprement dite.
Car cela faisait plus d’une année que la diaspora congolaise basée dans le Nord de l’Angleterre attendait la visite du représentant légal du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi.
Dans cette ville historique de 500 000 âmes, qui compte plus d’une centaine de Congolais, l’ambiance avait viré immédiatement vers la profonde communion républicaine.

C’EST LA RENCONTRE COMMUNAUTAIRE.
L’Ambassadeur Ngokwey Ndolamb avait pris la parole au micro dans le restaurant VIP. Les participants avaient écouté avec une attention presque sacrée, puis la salle s’était enflammée sous les acclamations.
Pour ne pas trahir l’authenticité des propos des uns et des autres, un échange de questions et de réponses sans tabou s’était installé à la demande expresse de l’Ambassadeur. Et c’était ici, à Liverpool, que la diplomatie congolaise allait vivre un moment de bascule historique à travers une série d’annonces de rupture.
Première annonce majeure : l’acquisition officielle et l’achat de nouveaux bâtiments pour l’État congolais effectifs depuis le jeudi 14 mai 2026 dernier.
C’est la parole d’un homme d’État.
Deuxième innovation capitale : l’Ambassade serait désormais accessible par téléphone 24 heures sur 24 pendant les heures de service, mettant fin à des années de lignes muettes.
Enfin, le scoop le plus attendu : la révision drastique à la baisse du prix du passeport, ce sésame national qui avait fait couler tant d’encre au sein de la diaspora.
Tous les compatriotes présents avaient accueilli avec joie et allégresse ces mesures d’innovation menées par l’icône de la diplomatie congolaise, le Dr Ngokwey Ndolamb. Cet homme d’État d’exception s’apprêterait à souffler sur ses quarante bougies de carrière ininterrompue au sein de la haute diplomatie onusienne — une véritable fierté nationale.
Pour célébrer cette moisson de succès, la boucle avait été fermée par un repas mémorable, qualifié par les convives de “repas à la taille de la tête du cheval”.
Bénéficiant de tant de scoops et d’une telle charge mémorielle, la ville de Liverpool s’était imposée désormais comme la véritable capitale socio-culturelle des Congolais du Royaume-Uni.
Chapeau bas aux organisateurs de cette triple cérémonie !
Un nouveau chapitre de l’histoire de notre diaspora venait ainsi de s’écrire.