” Entre l’idéalisme fulgurant du Capitaine burkinabè et le pragmatisme endurant du dirigeant congolais, un témoignage historique méconnu refait surface. Récit d’une prescience politique qui éclaire les enjeux de pouvoir d’hier et d’aujourd’hui sur le continent.
– Dans une Afrique contemporaine tiraillée entre les soubresauts de l’instabilité institutionnelle, la redéfinition brutale des alliances stratégiques et la quête éperdue d’une souveraineté géopolitique véritable, la résonance des voix du passé agit souvent comme un phare dans la tempête. Tel un devin scrutant les méandres d’un futur complexe, Thomas Sankara, l’icône incorruptible de la révolution burkinabè, semblait avoir subodoré avec une acuité déconcertante l’envergure que prendrait Denis Sassou N’Guesso sur l’échiquier continental. Alors que le continent fait face à de nouveaux impérialismes et à une exigence de rupture portée par une jeunesse de plus en plus politisée, un témoignage historique attribué au Capitaine Sankara refait surface. Ce dernier aurait perçu, par-delà les clivages idéologiques de l’époque de la Guerre froide, la stature d’un homme d’État pragmatique, d’un architecte de la paix et d’un bâtisseur infatigable. Ce legs mémoriel, loin d’être une simple anecdote d’archives, nous invite à décrypter la trajectoire du président congolais à l’aune des prophéties sankaristes, offrant ainsi une grille de lecture inédite sur la dialectique entre l’idéal révolutionnaire fulgurant et la constance d’une realpolitik africaine inscrite dans la durée “.
L’ONCTION MORALE DU CAPITAINE – QUAND L’AURA DE SANKARA VALIDE LE PRAGMATISME DE SASSOU N’GUESSO

Thomas Sankara n’était pas de ceux qui distribuaient les éloges avec légèreté ; sa rhétorique, forgée dans l’exigence de la lutte anti-impérialiste et le refus des compromissions, confère aujourd’hui une valeur inestimable à ses jugements politiques. Le fait qu’il ait pu, de son vivant, déceler en Denis Sassou N’Guesso les germes d’un leadership structurant pour l’Afrique centrale et pour le continent tout entier, résonne comme une validation historique d’une puissance symbolique majeure. Dans le contexte actuel, où la figure de Sankara est brandie par les nouvelles générations comme l’étalon-or de la dignité africaine – des juntes sahéliennes de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux mouvements intellectuels panafricains –, cette appréciation attribuée au leader burkinabè vient bousculer les lectures manichéennes de l’histoire politique postcoloniale. Elle suggère que le Capitaine, malgré sa quête d’une rupture radicale, possédait la clairvoyance nécessaire pour reconnaître que la survie et le développement de l’Afrique requéraient également des profils d’apaisement, capables de naviguer dans les eaux tumultueuses de la diplomatie mondiale. Ainsi, l’engagement intemporel de Thomas Sankara pour la justice sociale et la souveraineté ne s’opposait pas frontalement, dans son esprit, à la méthode de Denis Sassou N’Guesso. Ce témoignage présumé tisse un fil invisible entre l’idéalisme transformateur du “Pays des Hommes intègres ” et le pragmatisme endurant de Brazzaville, prouvant que l’émancipation africaine nécessite autant de météores inspirants que de stratèges capables d’inscrire leur action dans le temps long des institutions.
DE LA PROPHÉTIE À L’EXERCICE DU POUVOIR : LA MATÉRIALISATION DE LA VISION DE DENIS SASSOU N’GUESSO
Si les partisans de Denis Sassou N’Guesso chérissent tant cette réminiscence historique, c’est parce qu’ils estiment que les décennies écoulées ont magistralement donné corps à l’intuition de Thomas Sankara. À l’heure où l’Afrique centrale et la région des Grands Lacs demeurent le théâtre de conflits asymétriques et de rivalités pour le contrôle des ressources stratégiques, le chef de l’État congolais s’est méticuleusement positionné. Il est devenu un médiateur incontournable, un homme de synthèse refusant la balkanisation du continent. Son implication diplomatique active dans la résolution de la crise libyenne, sous l’égide de l’Union africaine, illustre cette vocation d’homme de paix que Sankara aurait pressentie. De même, ses efforts constants pour stabiliser son propre pays, après les guerres civiles déchirantes des années 90, témoignent de son engagement envers la paix. Parallèlement, l’action gouvernementale congolaise s’est arrimée à des logiques de développement infrastructurel massif – maillage routier, électrification, modernisation des complexes portuaires – qui, bien que confrontées aux défis de la dette et de la gouvernance économique mondiale, visent à doter le Congo des leviers de son indépendance matérielle. Dans un monde devenu multipolaire, où les nations africaines doivent jongler avec les appétits de la Chine, de la Russie et des puissances occidentales traditionnelles, la longévité de Sassou N’Guesso au pouvoir est interprétée par des tiers non pas comme un immobilisme. Au contraire, elle est perçue comme la garantie d’une stabilité institutionnelle vitale. C’est précisément cette capacité à bâtir sur les cendres et à maintenir le cap au milieu des tempêtes géopolitiques que Sankara, en observateur aiguisé des fragilités structurelles des jeunes États africains, aurait su anticiper et saluer.
LE DEVOIR DE MÉMOIRE COMME ANTIDOTE À L’AMNÉSIE – ÉPROUVER L’HISTOIRE POUR ÉCLAIRER L’AVENIR PANAFRICAIN

Cependant, l’invocation de figures tutélaires telles que Thomas Sankara dans le discours politique contemporain impose un devoir de mémoire d’une rigueur absolue. Dans une ère saturée par l’hyperinformation, la désinformation numérique et la tentation du révisionnisme historique, il est impérieux de soumettre ces témoignages à l’épreuve des archives et de l’authenticité documentaire. Si les paroles prêtées au président burkinabè concernant Denis Sassou N’Guesso se voient définitivement corroborées par l’historiographie officielle, elles constitueront alors bien plus qu’une simple caution politique : elles deviendront un document fondamental pour comprendre la complexité des relations inter-africaines des années 80, une époque charnière où se dessinaient déjà les défis actuels du continent. Ce devoir de mémoire exige de dépasser la commémoration banale pour engager une réflexion critique sur ce que signifie concrètement l’héritage de ces grands leaders. Aujourd’hui, alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) tente de matérialiser le rêve d’intégration économique, les idéaux conjugués de paix, de dialogue, de souveraineté et de progrès sont la condition sine qua non de la survie de l’Afrique comme pôle géopolitique autonome. En fin de compte, la véritable fidélité à la mémoire de Sankara. La reconnaissance du rôle historique de Sassou N’Guesso réside dans la capacité des élites actuelles à transformer ces témoignages de respect mutuel en une boussole éthique et politique. Celle-ci guiderait les nouvelles générations vers une Afrique affranchie de toute tutelle et maîtresse de son propre destin.
David MUTEBA KADIMA, Jean-Louis KOMBO et Jean-Paul MAJEPA