“J’ASSUME”, LES DEUX MOTS DU PRÉSIDENT DENIS SASSOU N’GUESSO QUI ONT SCELLÉ LE DESTIN D’UNE NATION EN 1991
– Décryptage du témoin oculaire Jean-Louis Kombo !
Dans les annales tumultueuses de la trajectoire politique de l’Afrique centrale, l’année 1991 demeure le point de rupture systémique où le destin d’une nation tout entière s’est joué sur le fil du rasoir de la parole publique.
C’est le moment dantesque de la Conférence Nationale Souveraine du Congo, une arène de passions et de contestations où l’ordre ancien vacillait sous les assauts d’une opposition revancharde. Face au tribunal populaire, le Président Denis Sassou N’Guesso a prononcé deux mots qui allaient sceller sa légende et redéfinir la mécanique du pouvoir : “J’assume.”
Trente-cinq ans plus tard, Jean-Louis Kombo, alors jeune Journaliste Reporter d’Images (JRI) à Télé-Congo et témoin oculaire privilégié de ces événements fondateurs, livre un décryptage historique et dialectique de cette séquence majeure.
Entre l’immolation politique consentie, le reniement des anciens frères d’armes et le retournement spectaculaire d’une foule médusée, ce récit restitue la genèse d’un chef suprême humilié puis adulé, qui sut transformer sa croix en un sceptre d’État et s’installer irrévocablement, seul, face au poids de l’Histoire.
LA CATHARSIS DU PALAIS DES CONGRÈS – QUAND LE PERSÉCUTEUR DEVIENT LE PERSÉCUTÉ DU TRIBUNAL POPULAIRE

Lorsque s’ouvrent les assises de la Conférence nationale en 1991, l’atmosphère au Palais des Congrès de Brazzaville est saturée d’une hostilité viscérale à l’égard du régime en place.
Comme le souligne avec acuité le journaliste reporter Jean-Louis Kombo, le Congo et le monde entier assistent alors à un spectaculaire et inédit retournement de situation.
Celui que l’orthodoxie révolutionnaire triomphante avait longtemps dépeint comme le maître absolu du jeu, le prétendu persécuteur, se retrouve soudainement dans la posture du persécuté. Honni de tous, ou presque, abandonné à son sort malheureux par les courtisans de la veille, Denis Sassou-Nguesso boit jusqu’à la lie la coupe des insultes politiques, des quolibets et des réquisitoires iconoclastes d’une opposition ivre de liberté et de revanche.
C’est dans ce climat d’exécution publique que l’inattendu se produit, porté par une étonnante et magistrale fibre charismatique. Prenant la parole, le premier citoyen prononce le mot fatidique : “J’assume .”
Ce discours volontariste, dépouillé des oripeaux lénifiants de la démagogie politicienne, prend de court la nation entière et déconcerte les pires adversaires de l’hôte du Palais des Congrès.
Par la magie du verbe, la puissance intrinsèque du dire et l’historique opportunité du contexte, Denis Sassou N’Guesso consent à porter sa croix comme un certain Jésus-Christ de Nazareth.
Le pays tout entier, frappé de stupeur, découvre l’humilité profonde d’un homme d’État qui sait pertinemment que commander n’est pas une vaine gloriole, mais une responsabilité écrasante devant la postérité.
LA DIALECTIQUE DU LAVAGE DES MAINS – LE RITUEL DU 10 JUIN 1991 ET LA TRAHISON DES CLANS
La clôture de la Conférence nationale, survenue le 10 juin 1991, crée une mise en scène hautement symbolique sur les abords du Palais des Congrès, censée sceller la réconciliation nationale.
C’est l’épisode mémorable où le Président Denis Sassou N’Guesso et son frère d’armes d’hier, jadis devenu son ennemi juré, Jacques-Joachim Yhombi-Opango, se livrent au rituel public du lavage des mains. Cependant, l’œil aiguisé de Jean-Louis Kombo ne se laisse pas abuser par les apparences de cette liturgie politique.
Si les deux dirigeants ont lavé leurs mains à grande eau devant les caméras, ils l’ont fait, hélas, sans laver leurs cœurs, laissant les germes des suspicions et des rivalités futures intacts.
L’histoire n’évoluant pas de manière mécanique mais obéissant aux lois strictes de la dialectique, ce moment de fausse concorde allait préparer le véritable triomphe de l’habileté politique. L’audace et le courage manifestés par Denis Sassou N’Guesso durant ces semaines de tempête allaient susciter, paradoxalement, de nombreuses vocations politiques parmi ceux qui l’avaient combattu. En acceptant de porter seul la responsabilité des errements du passé, le Président s’est lavé de l’opprobre, tandis que ses adversaires, figés dans leurs postures vindicatives, perdaient progressivement le monopole de la légitimité morale.
LE RETOUR DE JULES CÉSAR – LE TRIOMPHE DE JUIN 1991 ET LA CONSÉCRATION DE LA LÉGENDE
À l’évidence, pour le témoin oculaire Jean-Louis Kombo, c’est à cet instant précis que Denis Sassou N’Guesso s’est véritablement installé dans l’Histoire. Un mois seulement après la clôture officielle des travaux, en juin 1991, exactement le 10, le Président effectue un retour fracassant et hautement théâtral dans la salle des congrès pour présider une ultime cérémonie.
Face à ceux qui voulaient politiquement l’anéantir, l’effet de sa posture souveraine est dévastateur.
Même ses opposants les plus radicaux peinent à rassembler des arguments iconoclastes pour briser l’aura qui émane désormais de sa personne.
Toute la salle se retrouve les lèvres closes, muette d’admiration ou de stupeur.
Nul ne trouve plus rien à redire.
Dans un élan de ferveur péremptoire presque irrationnel, l’assemblée qui l’hurlait dessus quelques semaines plus tôt se met à l’ovationner debout.
C’est la naissance d’une légende : celle du chef suprême humilié-adulé. Denis Sassou N’Guesso s’en retourne alors, la poitrine bombée et la démarche altière, tout aussi glorieux et impérial que Jules César à l’apogée de son triomphe après la conquête des Gaules. Qu’on l’adule ou qu’on le déteste, l’homme a su mesurer et dompter le poids de l’Histoire. Il a ainsi révélé au grand jour, et au désarroi intense de la division, la stature d’un leader qui ne subit pas les événements, mais les assume et les façonne.